[Les amis ne sont jamais ce que l’on croit qu’ils sont.]
« Les gens sont tellement cons qu’ils ne règlent même pas leur problème avant de changer d’année. A cause de ça, on se retrouve avec des choses aberrantes ! Entre celle qui veut sauter par la fenêtre, le couple qui se déchire dans la salle de bains et celle qui se bouffe les cheveux dans la cuisine, mon cœur balance… si tu vois ce que je veux dire. »
Il se laissa tomber en arrière, se cognant le dos contre le mur puis glissa le long de cette surface rugueuse pour se retrouver assis, face au visage souriant de son ami d’un soir. Il ne le connaissait pas, il ne lui avait pas adressé la parole de la soirée. Il l’avait juste croisé dans cette cage d’escalier alors qu’il prenait un bol d’air.
« Je sais que ce n’est qu’une date mais je pensais la symbolique assez forte pour faire s’envoler tous les tracas et ennuis de l’année précédente… Je l’enterre déjà alors qu’elle ne fait que continuer au fond de moi-même ! Rien n’est terminé contrairement à ce que j’avais espéré… Une nouvelle année commence dans l’alcool, la cigarette et toutes ces choses qui m’oppressent le cœur… Comme si elles voulaient qu’il éclate. »
Il leva légèrement la tête et regarda son interlocuteur. Il était pâle, blanc même mais arborait toujours ce petit sourire timide.
« Tu sais, au fond, malgré les apparences, je ne suis pas ce connard que tout le monde croit que je suis sauf moi qui me crois tout autre… Hou ! Faut que j’arrête avec ce genre de phrases. C’est un de mes défauts aussi, une révolution que j’espérais tenir pour la nouvelle année. Il y en a beaucoup en plus de celle-là. Je dois arrêter de boire, arrêter de fumer, faire du sport, ranger ma chambre et, surtout, traiter les personnes que je ne connais pas comme des égaux… Un peu ce que je fais avec toi, quoi ! »
Il leva à nouveau la tête et renvoya le sourire à son interlocuteur. Il plongea la main droite à l’intérieur de sa poche et en extirpa une cigarette et un briquet. Elle était tordue et il était jaune. Il alluma sa cigarette, en tira une grande bouffée et se claqua à nouveau la tête contre le mur.
« Au moins, t’es pas contrariant. Je le suis, moi ! Parfois, avec moi-même. Souvent avec les autres. J’ai toujours cet esprit de défi qui me pousse à retrancher les autres aux frontières de leurs limites. On parle beaucoup des limites de vitesse mais rarement de celles de l’esprit. Faut-il avoir de pensées de bon ton pour être large d’esprit ou, au contraire, faut-il avoir un esprit limité pour penser de bon ton ? Voilà que je recommence ce genre de phrase qui fait mal à la tête ! J’ai bien fait de faire des révolutions. Quelques heures après les vingt quatre coups de minuit, je suis déjà incapable de m’y tenir ! Et j’espère quoi là ? Je suis assis dans un couloir en train de raconter ma vie ! C’est pas comme ça que je révolutionnerai ! »
Il tira une nouvelle bouffée de sa cigarette déjà à moitié consumée. Ses yeux cernés de profondes brioches brillaient d’une lueur morte, ses joues étaient rouges comme le vin et son teint blanc comme un autre.
« Tu sais, j’en suis arrivé à une sorte point de non-retour. J’ai la grave impression que l’alcool et le tabac sont devenus des priorités dans ma vie. C’est comme s’ils passaient avant mes propres amis. D’abord, je décide de boire et, pour me sentir moins seul, je décide de partager ma bouteille avec un autre… Ou deux, ou trois ! On est pas là pour faire des maths ! On est là pour fêter la bonne année ! J’ai quand même l’impression qu’il s’agit d’une année bis. Vous l’avez détestée ? Et bien, elle revient encore plus en forme pour vous enfoncer dans la merde dans laquelle vous êtes confortablement installé. Mais moi, je veux me sortir de cette merde ! Oh oui ! »
Il se leva, manqua de trébucher, se rattrapa sur le mur, lâche sa cigarette, avança en titubant vers son ami et s’appuya à l’aide du coude à sa hauteur.
« Un jour, je serai écrivain ! Si Marc Levy y arrive, pourquoi pas moi ? Je sais, c’est pas comme ça que je révolutionnerai mais j’ai ma chance ! Je pense être doué, être motivé… Bon, d’accord, pour le moment ma motivation est une simple bouteille de whisky couplée avec une bouteille de jus de pomme mais bon ! Parfois, des parents affreux font des gosses plutôt beaux et vice versa ! Regarde mes parents, ils sont plutôt beaux… »
Il se mit à rigoler.
« Ce n’est pas ça que j’ai voulu dire ! Je n’ai pas voulu dire ça ! Crois-moi ou non mais les choses vont changer. Je serai quelqu’un cette année… Et arrête de me sourire niaisement ! »
Comme pris d’un coup de folie, il décocha un coup de poing dans le visage de son interlocuteur. La lumière s’alluma, il hurla de douleur et souffla sur sa main.
« T’as beau avoir un sourire de con mais t’as la tête dure. »
La porte de l’appartement s’ouvrit, un homme, la chemise couverte de serpentins, confettis et morceaux de gâteaux passa l’embrasure.
« Tu fais quoi ici ?
-Je discutais.
-A un interrupteur ? »
Il tourna la tête… Il ne vit que cet interrupteur blanc sur lequel avait été dessiné un visage à l’aide d’un feutre noir. Un visage souriant…
« Je vais prendre une nouvelle révolution, je crois, dit-il calmement. »
Bonne année !!! le chien a encore fait des siennes ailleurs ! la preuve
un blogger , à force de lire mes commentaires , m'a invité sur son blog le résultat sur http://lohoju.skyblog.com/ en résumé, c'est bien fait pour ma pomme!
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